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Amir El Presidente, l’autre nom du charisme.

22 janvier 2020

Dans chaque domaine, chaque pays a ses légendes. Amir El Presidente est l’un des pionniers de la sphère du Hip-hop au Bénin. La grande aventure a commencé pour le jeune Amir, fils de Monsieur Alli alors qu’il était encore adolescent. À Efe Montaigne, Amir forme un clan avec les mecs qui avaient les meilleurs swags du moment. Anouar, Makoto, Yena et lui étaient donc les perles rares du collège. Leur fraîcheur était tellement glaciale qu’elle n’a pas laissé indifférents certains aînés qui leur suggèrent une carrière de Rappeurs. Ces personnes étaient peut-être des visionnaires. L’avenir a exaucé leur vœu.

Yena et Makoto ont rendu leur tablier. À l’âge de 14 ans, Amir et Anouar donnent leur premier concert au Centre Culturel Français sur invitation de l’association des professeurs de Montaigne. Plusieurs textes de rap ont été écrits, plusieurs scènes enchaînées et plusieurs concours remportés. Pourtant, il n’y avait que les gens de leur école et leurs parents qui étaient au courant de leur talents. Un an après, invités par une association de femmes luttant contre le phénomène « vidomingon » (enfant placé), Amir et Anouar donnent leur deuxième concert. La même année, à la fin d’un concert du groupe de rap nigérien Black Daps, Yena par un majestueux hasard trouve le nom du duo qui portera des messages éloquents, énergiques et puissants à la jeunesse africaine. Ce nom illustrait non seulement les rapports qu’entretiennent Amir et Anouar mais aussi la vision qu’ils incarnaient. Le Diamant est incassable, éternel, fastueux. Et puisqu’ils sont noirs, ils s’appelleront Diamant Noir.
L’image d’homme trop sûr de lui, trop confiant et imperturbable que renvoie Amir a toujours ressuscité les insécurités et les doutes des personnes qu’il coudoyait et à qui l’art l’exposait. Amir doit sa forte estime de soi à l’éducation que lui ont donné son père, alors cadre supérieur du Port Autonome de Cotonou et sa mère, cadre supérieur de la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA), l’une des premières femmes Directrices Générales au Bénin. Amir voyait l’école comme une mini société où tout ce qui retenait son attention étaient les comportements des différentes personnes, comment les différentes classes sociales se côtoyaient et la hardiesse avec laquelle le Directeur fédérait les choses autour de lui. Ce dernier a dû beaucoup l’inspirer. Par contre, les cours l’ennuyaient. Après son baccalauréat obtenu avec une mention inespérée, Amir s’envole pour la ville de Bordeaux où il poursuit ses études en Éco-Gestion. À la faculté, Amir ne se sentait pas à sa place parce que son aversion pour les mathématiques ne faisait pas de lui l’étudiant le plus brillant de la faculté. En 2003, un événement tragique bouleversera sa vie. Amir perd sa sœur et perd ses repères. Entre déni, douleur et rage, Amir décide de se réfugier dans sa bulle. Très affecté par ce départ inattendu, il fit ses adieux à l’école et les boîtes de nuit devinrent son exutoire.
Jay Killah et Sinok qu’il a rencontré fortuitement deux ans plus tôt à Bordeaux Cours de la Marne, ayant constaté que Amir faiblissait et sombrait ont trouvé une stratégie très astucieuse pour qu’il fasse à nouveau confiance à la vie. Ils l’invitèrent au studio et lui firent écouter un morceau enregistré mais incomplet. Amir sera donc appelé à poser son flow sur la partie de l’instrumental laissée vide exprès. Grâce à ces deux amis, Amir renouvelle son pacte avec le rap début 2004. Diamant Noir sort sa première mixtape à Cotonou. De retour à Bordeaux la même année avec Anouar, Amir sort « Mets-toi à l’aise », une reprise de Lean back de Terror Squad feat Fat Joe qui constituait un hymne à l’aise de tous les négros fragiles qui leur en voulaient à tort. Ce titre les propulsera et les tatouera dans des milliers de cœurs. Les gars débarquent avec un style de rap élitiste et obligent beaucoup de gens à ouvrir Larousse. 1 an après, Amir et Anouar reviennent à Cotonou et tout a changé. Les fans voulaient des autographes, les paroles de leurs chansons étaient connues par cœur. Ils deviennent des stars beaucoup plus tôt que prévu. Pour une période où les réseaux sociaux n’étaient que très peu utilisés, la surprise était grande mais très agréable pour eux. Les strass et paillettes n’ont pas fait oublier à Amir que les études étaient aussi importantes pour une brillante carrière. Il va alors s’inscrire à l’ISEG Paris d’où il sort avec un BAC+5 en Communication obtenu assez facilement parce que cette fois, il s’est senti à sa place. Le Cotonou City Crew (CCC), un label fondé par Amir et Anouar depuis les débuts de Diamant Noir pour coiffer la sortie de leurs albums est désormais aussi connu et adulé par le grand public. Puisque l’idée de base était de venir en mouvement, promouvoir et révolutionner le rap béninois, les portes du CCC se sont ouvertes à d’autres talents. Pour Amir, pour faire partie du CCC, il fallait avoir de l’allure, dégager quelque chose d’exceptionnel et avoir l’aptitude de matérialiser à travers la musique l’idée selon laquelle rien n’est impossible même quand on a rien. Être frais était plutôt une condition implicite. Bsyd, cousin d’Amir mais qui au collège éprouvait pour lui une haine saine ; Nasty Nesta qu’il ne rencontre dans l’avion qu’en 2005 après la sortie de l’album « Faux frères, vrais jumeaux » et DACqui rappait en anglais et qui au départ pensait qu’Amir ne voulait pas qu’il intègre le CCC rejoindront tous le gouvernement, deviendront les Ministres d’Amir El Presidente et des modèles inspirants pour toute une jeunesse. 2005 fut une année particulière pour Diamant Noir parce que Amir et Anouar donnaient leur premier concert au Hall des Arts. La salle était pleine à craquer et le public en feu à leur montée sur scène. Quelques jours après, pour leur deuxième concert, ils étaient les premiers Rappeurs à remplir le Centre International des Conférences (CIC) de Cotonou. Nasty Nesta se retrouve à Paris avec Anouar et Amir qui l’invitent sur leur deuxième album ‘’Nés pour briller’’ sorti en 2007. Le CCC sortira après les albums de Nasty Nesta, de Bsyd, de Blaaz et la mixtape d’ADN. De 2007 à 2008, Amir est passé du statut de stagiaire au poste de Chef de projet pour 2 ans à Nouvelle Donne, un label de musique à Paris. Puisqu’il sait se battre pour ce qui lui tient à cœur, il passait les cinq premiers jours de ses semaines au boulot, toutes ses journées du samedi à l’école et celles du dimanche au studio. Il décide après cette expérience de revenir s’installer définitivement à Cotonou où il établit son agence de communication événementielle, ‘’CCC Communications‘’. Dans la foulée, Moovlui fit appel et il devint Brand Ambassador de la multinationale pour trois bonnes années. En 2010, il initie avec le CCC la Journée de la jeunesse béninoise qui est un creuset pour offrir l’opportunité aux jeunes de se retrouver entre eux, de participer au ‘’forum des métiers’’, de suivre des documentaires sur des sujets comme le vote des jeunes, l’entrepreneuriat, le VIH/Sida, de participer à des débats et permettre à ceux qui n’ont pas les moyens pour se payer les tickets d’un concert, d’en suivre un qui regroupe leurs artistes préférés sur une même scène et ceci gratuitement. Leur titre ‘’Nés pour briller’’ dont la mélodie qui rappelle nos racines est meublée de paroles fortes et optimistes, confirme d’ailleurs leur place d’Ambassadeurs de la jeunesse consciente africaine. Un homme politique, une institution étatique et un opérateur GSM leur ont prêté main forte pour matérialiser ce projet.
Anouar décide de partir de Diamant Noir pour poursuivre d’autres rêves. Amir décide aussi de partir de Diamant Noir pour poursuivre le rêve qu’ils nourrissaient tous deux depuis 15 ans. La passion l’ayant emporté, Amir continue l’aventure en solo.Il donnera vie à un projet qui sonnera la fin de la monotonie musicale qui s’installait dans son pays et qui réveillera tout le rap game. Soucieux de l’autonomisation et de l’épanouissement des jeunes, avec le CCC, Amir accepte en 2018 d’être invités de la conférence ‘’Moi, Leader !’’ de Open Conscience pour partager leurs expériences avec une centaine de jeunes Béninois.À la fin de l’année 2019, Amir El Presidente sort « Dernier Mandat », son album 100% Rap qui fait couler beaucoup d’encre ; et qui par-dessus tout, a fait plus d’1.000.000 de ventes en moins d’un mois. Est-ce bien le dernier mandat du Président ? Il avisera certainement. De toute façon, cet album qui marque la fin d’un cycle et le début d’un autre cache un gros projet qui constitue la suite logique de la carrière de l’artiste. Ayant essuyé beaucoup d’ingratitude de certains jeunes artistes à qui le CCC a tendu la main, Amir est pendant longtemps resté sceptique et méfiant aux beaux visages ou aux belles paroles des gens. Toutefois, étant resté fidèle à ses valeurs et à sa nature, et ayant connaissance de la difficulté qu’évoluer sans soutien implique, Amir se convainc progressivement que c’est leur responsabilité en tant qu’aînés d’aider la nouvelle génération qui portera le continent. Le jeune rappeur Crisba est l’un de ses coups de cœur. Chef d’entreprise, mari, père d’une fille de 6 ans et d’un garçon d’un an, Amir est aujourd’hui beaucoup plus concentré sur ses responsabilités que sur les commentaires des fans en crise émotionnelle qui enrobent leur amour pour lui dans des commentaires haineux simplement pour attirer son attention ou juste pour avoir la sensation d’exister. Depuis le 22 novembre de l’année 1982, l’univers a scellé un avenir lumineux pour le rap béninois. Amir reste un homme très croyant, positif, altruiste, loyal, intègre, déterminé, idéaliste, protecteur, passionné et charismatique.
Warning : Un Scorpion détecté dans les parages !   Signé,

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