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Ma première fois.

4 mai 2020


C'était un après-midi très ensoleillé. 

Tout a commencé sous un gigantesque manguier dont l’ombre pesante nous servait de refuge aux heures creuses à la maternité. 

La matinée était chargée. C'était le jour de vaccination donc on avait assez travaillé.

Je venais fraîchement de finir ma première année de tronc commun avec les Infirmiers, j'étais très excitée à l'idée de pouvoir toucher les femmes, les admirer avec leurs ventres, leur parler et d'appliquer le peu de connaissances acquises jusque-là. En début de la deuxième année, j'assistais toujours les maîtresses Sages-femmes mais je n'avais jamais aidé une femme à accoucher. 

Je devais me garder en retrait, observer et servir les instruments en cas de besoin. Toutefois, j'étais très active et enthousiaste. Ma titulaire de stage l'avait remarqué et a concocté secrètement un bon plat pour moi. 

Ainsi, adossée au tronc du fameux manguier, dans ce petit village du sud-Togo, j'entendais au loin ces cris: « Mama vahonam » ( Maman aide-moi ). Aussitôt je m'étais levée et m'étais dirigée vers le portail.

Une dame claire, la trentaine environ et en sueur se tordait de douleurs. Rapidement j'ai passé mon bras sous le sien et l'ai aidée à se tenir debout. On s'est dirigé vers l'accueil. À peine elle pouvait s'asseoir. 

Alertante, j'appelai ma titulaire et je dis: «Maman elle a de grosses contractions, elle va accoucher, on aura encore un bébé aujourd'hui».

Elle sourit et me demanda d'aller arranger la salle. Elle consulta assez vite la dame et lui demanda de respirer. Elle m'interpella en disant: « Léa, viens me vérifier les paramètres, la gestité, la parité et le terme actuel ».

Ce que je fis avec empressement et torse bombé. Rapidement je lui donnai les informations demandées et je conduisis la patiente en salle d'accouchement.

Comme d'habitude je mettais tenue à l'écart, mais j'avais les gants aux mains et mon tablier d'assistante que ma titulaire m'avait offert.

J'observais, je tournais autour de la dame. Ma titulaire parlait et l’encourageait. Je faisais pareil. Je répétais les phrases avec un air fier. Ma titulaire me dit: « Surveille la dame comme tu sais le faire, quand elle te dira j'ai envie d'aller au toilette positionne-toi devant elle avant de m'appeler ».

J'étais là, les yeux braqués sur l'entrejambe de la dame, le moindre mouvement était scruté. 

À un moment donné, elle se tortillait beaucoup, elle demanda à boire et d'un coup elle s'écria : « Je veux aller aux toilettes ». La phrase magique. 🥵

Mon sang fit un tour ! J'enfilai rapidement un gant de révision et ajoutai un gant stérile. Je disais à ma titulaire : « Maman, ça y est ! Elle veut aller aux toilettes. Viens vite ».

Étant dans la pièce juste à côté, elle bondit et me rejoint. Elle enfila ses gants aussi et me dit: « Tu es un grande Sage-femme ! Je vais me mettre derrière toi et t'aider. Aujourd'hui c'est toi qui va faire sortir le bébé. Si tu paniques un peu je vais te punir et tu retourneras dans ton pays (Bénin) ».

Mon coeur battait la chamade. Je me repositionnai correctement, je vérifiais la progression de la tête fœtale et une fois la tête à la vulve, ma titulaire empoigna ma main et m'aida à protéger le périnée de la patiente. Elle poussait, la tête venait, mes yeux devenaient aussi gros de joie. Puis tout à coup, la tête du bébé sort avec un jet de liquide amniotique qui baigna mon tablier. 

Rapidement ma titulaire demanda à la dame de ne plus pousser. Elle gardait toujours ma main et m'aida à faire les rotations des épaules. Et là, c'était mon moment de gloire ! 🤩

Je tirai le bébé toute seule et le posai sur le ventre de sa mère. Tout mon corps tremblait. J’ai sué comme jamais auparavant ! 

En un mouvement deux gestes, je nettoyai le bébé, je lui aspira le peu de mucus qu'il avait aux narines. 

Comme une cheffe je demandai qu'on me donne un Clamp de Barr et le ciseau, ce qui fut fait.

Royalement je clampai le cordon et je le coupai.

J'emportai mon bébé sur la table de nettoyage, je l'arrangeai aussi vite que possible. Je lui fis les soins adéquats et je l'habilla. 

Je le remis à l' Aide-soignante présente aussi le jour là, elle se moquait de moi, parce que je souriais tout bêtement juste parce que j'avais fait sortir un bébé.

Je rejoins ma titulaire pour la suite des soins à la mère. Elle me laissa l'honneur d'examiner le placenta et de le mettre dans le bol pour la circonstance.

Une fois la dame mise au propre, ma titulaire me demanda de prendre le bébé et d'aller le donner moi-même à sa mère qui était toujours allongée sur la table d’accouchement. 

Je ne savais pas comment marcher, je tournais avec le nouveau-né. Je le remis à sa mère et je me retire avec les larmes aux yeux.

Ma titulaire m'avait félicitée avec ces mots que  jamais je n’oublierai: « Je t'avais bien dit que tu pouvais. Maintenant tu peux rester au Togo avec moi ». 

Pour la première fois depuis que j'ai commencé l'École des Sages-femmes, je suis félicitée.

Mon coeur se dilatait. Le temps de me débarrasser de mon tablier et d'aller me laver les mains... Je m'étais évanouie.

C'était ma première fois.

Après cette expérience, j'ai compris que le métier de Sage-femme était vraiment noble, un sacerdoce. Beaucoup de femmes meurent encore dans certaines zones de notre planète, par manque de personnel de santé, en l'occurrence de Sage-femme compétente. C'est un métier qui doit être respecté car la vie de la mère et de l'enfant dépend de Dieu mais aussi de cette femme qui accompagne une autre pendant ce moment sacré de mystère.

Être Sage-femme, c'est être la maman du monde. Et toi ? Comment a été ta première fois ? 😝

Tiens! C’est aussi la toute première fois que je publie un billet sur un blog. Je me ferai le plaisir de répondre à toutes tes préoccupations. 

Signé,

Léa Kénou. 

Contributrice | Boussole Précieuse.

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